La question, d’emblée, c’est : qu’est-ce qu’on voit ? Des tableaux bien sûr : trois portraits en pied, deux bustes
encadrés (un ancien, un moderne), d’autres représentant des ânes, des alidades (ces règles mobiles mesurant
des angles, équipées d'une pinnule de visée, multipliées sur deux toiles), et puis différentes déclinaisons (fil à
plomb, détail de vis, tôles en laiton), et encore plusieurs sculptures posées au sol ou accrochées, au mur et au
plafond. Un semblant d’hétéroclite dans les sujets, les genres, les figures, avec cet étrange prolongement vers
des objets qui pourtant, comme les petits tableaux figurant une simple « chose », semblent sortis des grands
formats pour isoler un élément discret dans la grande phrase de l’exposition. On pressent une syntaxe globale,
un agencement discursif que Youcef Korichi aurait composé comme une partition, un récit — un tableau
multiplié, augmenté dans l’espace de la galerie.
Si l’on consent à expliquer (du latin explicare : déployer, déplier), on partira d’un nom, d’une figure qui est celle
qui se voile autant qu’elle se dissimule dans le triple portrait à taille humaine sur fond noir, empruntant tout
autant à la peinture d’histoire, si c’est le portrait d’un roi peint par Vélasquez, qu’à la fantaisie d’une identité
fluctuante carambolant les destins parallèles. L’appendice le trahit : ce nez postiche est celui que Tycho Brahe
perdit, dit-on, lors d’un duel à l’âge de 20 ans, et donc moins celui d’un personnage farcesque que d’un
étudiant meurtri, remplaçant par une prothèse en laiton ce qui lui autorise encore d’avoir un visage, tout en
signalant son absence. Et ce serait comme une première leçon : l’artéfact ne joue pas les faux semblants, tout
en permettant à la figure de conserver sa forme, et au visage son intentionnalité.
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