Marseille. Juliette, la trentaine, travaille d’arrache-pied dans la finance. Sa mère lui reproche d’ailleurs de ne pas l’avoir vue depuis trois semaines. Lors d’une soirée, son collègue Hervé, lui offre d’abord de la coke, avant d’essayer de l’embrasser. Repoussé, il la viole dans sa voiture sur le parking. Mais Juliette parvient à se dégager et à s’enfuir, finissant par crasher sa voiture devant le local d’une association dont le gestionnaire va l’aider…

Robert Guediguian convoque sa sympathique famille d’interprètes pour une histoire de résilience centrée sur une femme violée, dont il confie le rôle à une nouvelle venue, Marilou Aussilloux ("Le Discours", "Adieu Les Cons", qu'on avait déjà aperçu dans "La Pie Voleuse"), parfaitement convaincante. Autour de cette jeune femme au départ totalement centrée sur son travail et l’aisance qu’il lui procure (voyages, argent, maison luxueuse…), qui dans son malheur va redécouvrir un rythme de vie plus lent et d’autres valeurs, évoluent sa mère Cathy (Ariane Ascaride), son père Alex (Gérard Meylan), son frère frustré et haineux (Robinson Stevenin), José, un voisin un peu trop curieux (Jean Pierre Darroussin) et un responsable d’association (Grégoire Leprince-Ringuet). Avec une certaine délicatesse, le scénario permet d’aborder les questions de capacité à verbaliser l’agression, de renversement de la charge de la preuve, de mise à l'écart potentielle des victimes, tout comme de capacité à retrouver la confiance, en soi comme en l'autre.
Comme dans ses précédents longs métrages, une certaine sensation de trop plein voit cependant rapidement le jour, Guediguian voulant aborder trop de sujets (passé en Algérie, mise en doute des paroles de victimes, protection de mineures enceintes, immigration, précarité, manque de figure paternelle, révolte sociale, racisme, etc.). Mais celui-ci parvient progressivement à laisser sur le côté les multiples aspects revendicatifs pour se centrer sur deux maux du moment : l'isolement des victimes et le racisme ordinaire. C’est ainsi que le personnage incarné par Darroussin sera finalement plus trouble que prévu, Guédiguian lui insufflant une ambiguité via la révélation de son passé. C'est ainsi aussi qu'il parvient à poser l'espoir d’une reconstruction du personnage de Juliette, au travers d'un rejet des rapports de pouvoir en entreprise et d’une forme de solidarité. Mais si celà peut paraître un chemin simpliste face au drame vécu, comme toujours l'auteur marseillais nous parle de vivre ensemble, de communauté, ici au travers d'un récit ambitieux qui tente de toucher à l’universel, même s'il n'évite pas quelques maladresses.
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