On arrive ici par l’autoroute. Un blizzard dans l’œil, pluvieuse et embuée, une webcam fait s’accélérer les jours, les nuits, les saisons – voiture après voiture, parfois quelques poids lourds, leurs phares ou le soleil découpant le paysage. En rebord de la route, déployé au-dessous d’elle, un poème parle d’un cœur en maintenance. Il y a un an, dans la galerie Anne Barrault, Tiziana La Melia plaçait cette route sur un écran puis dans une cage à rongeurs. Intitulée Conditions, la vidéo confrontait, à la manière d’un collage, les aléas du temps aux turbulences de l’âme ; les nuages et la neige aux aplats d’ombres et de sunsets. Elle fonctionnait à la façon d’une route – un trait d’union liant le départ à l’arrivée, et une exposition à l’autre.
Puisqu’on suit cette fois-ci une seule de ces voitures, à mesure qu’elle s’enfonce au plus profond de la vallée 1 vers une destination tout droit sortie d’un conte. En chemin vers Sparkling Hill, deux amix se retrouvent pour un voyage inoubliable, nous raconte un·e narrateurice non-identifié·e. Iels ne réalisent pas qu’iels sont perdux, continue la voix-off et cette désorientation sert de boussole aux péripéties de Velour et Bella, deux rats des villes en excursion rurale. Immortalisé dans The Simple Life: Country Mouse City Mouse Hamster, film au cœur de l’exposition, leur séjour prend la forme d’un road et home movie à la sensibilité camp ; un cocktail d’Ésope et d’E! Entertainment, réunissant un casting d’êtres aimé·es dans la ville d’enfance de l’artiste, en Colombie-Britannique. The Simple Life se pense comme un country house poem, genre littéraire consacré dans l’Angleterre du XVIIe siècle, où l’éloge d’un domaine rural rend hommage à son propriétaire – les vertus du lieu censées refléter celles d’un ordre social et moral dont iel serait garant·e. Un autre point de départ est celui du velours – synthétique et mordoré, le papier-peint de la grand-mère sicilienne de l’artiste – comme matière et support de mémoire, encodant le toucher au moyen de l’empreinte 2. The Simple Life rappelle ainsi la flatterie à son étymologie : la caresse. Le film se raconte à l’encomiastique, infléchi par une syntaxe Y2K de l’émerveillement. Fabuleux·ses et inadapté·x·es, leurs escarpins émaillés de terre, Velour et Bella s’extasient des merveilles de l’Okanagan 3. Iels transforment chaque sentier en runway. Le suspense est maintenu par une inlassable aptitude à l’étonnement. Les jours passent comme des exclamations ; des rencontres onomatopéiques, des acronymes brodés sur des vêtements, épelés sur des fruits à l’aide de rouge à lèvres – accordant à toute chose le contour d’un omg. Le monde a la forme d’une hyperbole. Le banal est un allergène. Tout est frontalement too much, comme le sont les accès de lyrisme.













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