Territoire Frontière MondeFrédéric Bruly Bouabré, Callixte Dakpogan, Efiaimbelo, Emmanuel Ekefrey, John Goba, Bodys Isek Kingelez, George Lilanga, Esther Mahlangu, Moke, Chéri Samba, Amadou Sanogo, Cyprien Tokoudagba
Dans sa nouvelle exposition, la galerie MAGNIN-A réunit des œuvres dont la diversité, la spécificité et la singularité se prêtent, par leurs contenus, leurs sens et leurs connaissances, à l'idée de dresser une carte imaginaire définissant trois espaces : Territoire, Frontière, Monde, qui désignent des intensités plutôt que des catégories.
Cette carte imaginaire avait été dressée par André Magnin et Jacques Soulillou pour leur livre Contemporary Art of Africa publié aux éditions Harry N Abrams et Thames and Hudson en 1996.
Le Territoire enveloppe des œuvres qui ont rapport aux forces terrestres liées à une culture spécifique. Ces forces peuvent être religieuses, rituelles ou sociales. Relèvent du Territoire des créateurs qui œuvrent à l'intérieur d'une tradition. Les aloalo d'Efiaimbelo, les peintures d'Esther Mahlangu du KwaNdebele en Afrique du Sud ou celles de Cyprien Tokoudagba en sont des exemples puissants.
Le Monde est davantage du côté du signe, de ce qui circule et se partage. Relèvent du Monde des créateurs tels que les Congolais Bodys Isek Kingelez et Chéri Samba, l’Ivoirien Frédéric Bruly Bouabré ou encore le Malien Amadou Sanogo, qui œuvrent selon des concepts transculturels, en utilisant des objets ou des iconogrammes d’origines multiculturelles.
La Frontière inclut des artistes comme le Sierra-Léonais John Goba, le Tanzanien George Lilanga, le Congolais Moke ou encore le Béninois Calixte Dakpogan. Leurs œuvres se rattachent aussi bien aux puissances du Territoire qu'à celles du signe. On n’est donc jamais, de toute éternité, du Territoire, de la Frontière ou du Monde, mais sans cesse traversé par des intensités qui meuvent la pensée et la production de l’esprit.
Le MoMA de New York a récemment consacré des expositions personnelles à Frédéric Bruly Bouabré ainsi qu'à Bodys Isek Kingelez. Ce dernier, ainsi que la Sénégalaise Seyni Awa Camara, seront présentés cette année dans l'exposition internationale de la Biennale de Venise, où des pays non occidentaux ouvrent également de nouveaux pavillons... autant d'événements qui reflètent la nouvelle cartographie de la création et l'écriture d'une nouvelle histoire mondiale de l'art.
André Magnin