
- © Festival de Cannes 2025
Critique : De plus en plus, on voit éclore au cinéma des œuvres personnelles, sur le modèle en littérature de l’auto-fiction. Romería retrace les retrouvailles d’une jeune femme, Marina, avec sa famille naturelle paternelle à partir du journal intime laissé par sa mère. Elle a été adoptée dès le plus jeune âge, et elle découvre, en revisitant les lieux oubliés de sa toute petite enfance, que ses parents, emportés tôt par une maladie grave, ont vécu le pire et le meilleur qu’une vie puisse donner. Elle reconstruit ainsi leurs parcours, entre consommation de drogues, installation dans un appartement merveilleux qui donne sur la mer, et la relation pour le moins tumultueuse avec les parents du jeune père.
Cette jeune fille n’est autre que la réalisatrice elle-même qui avait pour objectif d’entamer des études de cinéma. Contrainte d’obtenir une bourse d’études, elle devait reprendre attache avec une famille qui théoriquement n’est plus la sienne, en raison de statut d’enfant adoptée. Et c’est ainsi que de cette rencontre avec ses oncles, cousins et grands-parents paternels, elle tisse un récit mystérieux et solaire où se mêlent les émotions poétiques de la jeune femme qu’elle était, et la reconstitution d’une histoire de famille pétrie de malentendus, secrets honteux et non-dits.

- © 2025 Quim Vives / Elastica Films. Tous droits réservés.
Par bien des aspects, on pense aux œuvres de Marguerite Duras et Annie Ernaux, tant la voix qui accompagne les images s’apparente à un texte littéraire. La mise en scène ne cherche pas à multiplier les évènements mais seulement à rendre compte d’une atmosphère tantôt solaire, tantôt étouffante, d’une famille qui a subi la perte d’un des siens et de surcroît la séparation d’un nourrisson confié à l’adoption. La caméra retranscrit dans des images quasi picturales les impressions éprouvées par la jeune héroïne devant des éléments comme la mer, le soleil, mais aussi les émotions générées par ces rencontres familiales. Le rythme est lent, d’une infinie patience, mais jamais sirupeux ou narcissique. Carla Simón fabrique un vrai film de cinéma, pensé pour le grand écran, où les sentiments de la jeune femme à la lecture du journal intime de sa mère naturelle se matérialisent dans une série d’images impressionnistes et nobles.
Romería n’a rien du drame narcissique et auto-centré. Le scénario échappe d’ailleurs aux excès du mélodrame. L’enjeu n’est pas de faire tirer les larmes au spectateur mais de montrer la manière dont chacun peut aller à la rencontre des secrets et des non-dits qui caractérisent toutes les histoires familiales. Il n’y a pas d’ambition psychanalytique dans le propos, même si des thèmes assez évocateurs d’une cure analytique sont abordés comme l’emprise maternelle, l’argent, le déni ou l’abandon. Peut-être autant de thèmes qui ont traversé toutes les cellules familiales et sont plus ou moins digérés par les générations en bout de chaîne. On pense ainsi aux théories psychologiques sur les héritages transgénérationnels qui peuvent encombrer l’inconscient des individus.

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En même temps, Carla Simón ne cherche pas la catharsis personnelle à tout prix. Il y a un vrai souci de mise en scène, qui, à plusieurs reprises, fait écho au cinéma de Maurice Pialat qui se plaisait à mêler une grande rigueur dans la conduite d’acteurs, avec un lâcher-prise dans la libération de la parole. De nombreuses scènes familiales où les personnes échangent ensemble rappellent quelques passages mythiques d’À nos amours du Garçu ou de Loulou. Il s’agit donc d’un cinéma inspiré, habité par des influences littéraires et cinématographiques dont la réalisatrice s’émancipe avec brio.
Maintenant, n’attendons donc pas de ce film des performances d’acteurs incroyables. L’objectif de la réalisatrice est de tisser un récit quiet, poétique, qui convoque des souvenirs d’hier avec la référence aux éléments de la mer. L’océan atlantique est d’ailleurs très présent dans le long-métrage, lequel figure un personnage à part entière qui absorbe dans ses profondeurs, des émotions oubliées. Romería est un grand film conçu pour donner à lire à travers la restitution d’une histoire personnelle, notre propre rapport à ceux qui nous ont précédés.













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