Romain Bernini
The Stargazers
Une image peinte ? C’est de la matière, ça a été de l’énergie — des mouvements, des gestes, l’acte même
de peindre… Est-ce que c’est de l’information ? Est-ce que ce n’est plus que de l’information ? Tôt ou tard encodée,
encodable, scriptable et réductible à une sorte de texte sous-jacent, une série d’impulsions électriques permettant
de transmettre et de reproduire sa description apparemment immatérielle.
De l’image peinte, qu’est-ce qui résiste à sa dématérialisation ?
Je regarde un long moment les images de Romain Bernini. Peu à peu l’information lumineuse venue
s’inscrire sur la surface sensible de mon globe oculaire se décompose, se répartit entre les millions de cônes, de
bâtonnets qui cassent en autant de morceaux l’image, la transforment en signal, remonté jusqu’au système cérébral,
où l’image acquiert la forme abstraite de signe.
L’image devient : visage vu de près, barbe, cheveux, les yeux ombrés, les traits reconnaissables. C’est lui-
même, Romain, qui s’est peint.
Mais une Intelligence Artificielle pourrait tout aussi bien, par un mécanisme inversé et simplifié, transformer
cet embryon de prompt, ces signes en signaux électriques, fin de recoller les morceaux, de recomposer, de
rematérialiser cette image-là.
Perception dans un sens, technique dans l’autre : voilà l’image fragile de Romain Bernini défaite, brisée,
réduite à des signes, du sens, de l’information. Je dis, je décris : voilà maintenant un garçon qui marche en équilibre,
les bras levés. Je caractérise les couleurs, les coulures, les jaunes, les roses et le bleuté crépusculaire, je prompte la
montagne, la Lune, le soleil, les arbres, j’en tire un style et c’est ainsi, c’est fini — tout a été réduit.
Pourtant, ça résiste.
Il me semble même que toute la peinture de Romain Bernini tient à cette force de résistance-là, une force
mélancolique.
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