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JO RACTLIFFE
En ces lieux / Out of Place
Du point de vue de la photographie documentaire, la singularité de sa démarche artistique réside dans la manière dont elle représente les rapports entre présence et absence. Ses images, loin d’illustrer des faits et des événements sociaux et politiques, encouragent les spectateurs à aller au-delà de la surface et à identifier des histoires enfouies dans les paysages.
Cette exposition monographique propose, pour la première fois, de questionner la notion de « lieu » comme thème central de son oeuvre. Pour l’artiste, les endroits qu’elle photographie ne sont pas de simples situations géographiques ou des terrains façonnés par la violence et l’histoire ; ce sont aussi des lieux porteurs de mémoire.
MADELEINE DE SINÉTY
Une vie
Son œuvre, solitaire, construite à l’écart des commandes et des publications, s’est entremêlée à son quotidien et à ses allers-retours entre la France et les États-Unis. Née dans un château du Val de Loire détruit par un incendie quand elle avait quatorze ans, Madeleine de Sinéty commence son parcours artistique à Paris au milieu des années 1960 en tant que dessinatrice de mode pour des magazines. L’envie de créer semble l’avoir toujours animée; elle aurait pu écrire ou peindre, mais c’est la photographie qui conjugue le plus grand nombre de ses aspirations et qui l’emporte. Après des études à l’École des arts décoratifs de Paris, elle commence à photographier en autodidacte, en couleurs comme en noir et blanc. Timidement d’abord, en 1970, avec des images de son quartier – celui de la gare Montparnasse, alors en pleine mutation -, puis dans les rues de New York, où elle séjourne à plusieurs reprises avec son mari Daniel Behrman, journaliste américain rencontré à Paris; autour des trains à vapeur, enfin, une passion d’enfance qu’elle prolonge ainsi avec ce médium. C’est aussi là qu’elle trouve une autre distance avec ses sujets : elle se lie d’amitié avec des cheminots, réalise leurs portraits, partage leurs temps de repos et découvre les réalités du monde ouvrier.
La production de Madeleine de Sinéty est le plus souvent indissociable de sa vie de tous les jours : dans le petit village de Poilley en Bretagne – où elle s’installe dans les années 1970 et réalise plus de 50000 clichés sur une dizaine d’années -, comme à Rangeley aux États-Unis, lieu de résidence des vingt-cinq dernières années de sa vie. Elle y photographie de l’intérieur les communautés qui l’ont adoptée – proches, familles, amis et connaissances -, les activités et événements, ainsi que le rythme des saisons. Dans un constant souci de documenter et de témoigner, elle capture les coutumes, gestes, lieux, pratiques – pour beaucoup amenés à disparaître -, tentant, jour après jour et avec un brin de nostalgie, d’en retenir la grâce fugitive et les couleurs fragiles. Cette soif de mémoire et de souvenirs se retrouve dans le journal intime qu’elle a tenu à divers moments de sa vie et dont quelques extraits sont présentés dans l’exposition, en contrepoint de ses photographies.
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