D'abord, l'évidence du noir et blanc, somptueux. Et presqu'aussitôt, en montrant un écran de cinéma où d'autres images, plus anciennes, des lieux –le Vésuve, Naples et ses environs, Pompéi et Herculanum– l'affirmation à la fois de la puissance unificatrice et de la puissance réflexive de ce même noir et blanc. Pas du noir et blanc en général, de celui-là.
Puis ce petit train de banlieue, qui circule dans toute cette zone et devient immédiatement une macchina da presa, une machine de prise (de vue) comme les Italophones nomment les caméras. Ce transport en commun fonctionne comme dispositif cinématographique, qui scandera les différentes séquences.
Il rappelle cet autre mouvement circulaire, le long du périphérique romain, le Grande Raccordo Anulare (GRA), que désignait le titre d'un précédent film du cinéaste italien Gianfranco Rosi, Sacro GRA, salué d'un Lion d'or mérité à la Mostra de Venise 2013.
Beauté et choix formels, interrelations entre des êtres, des situations et des époques d'ordinaire distinctes, mouvement englobant et attention aux détails: ce seront les ressources mobilisées par le grand documentariste transalpin pour composer… quoi exactement?
Pas un portrait, ni vraiment une cartographie de cette région qui contient le célèbre volcan, toujours prêt à s'éveiller, la proximité de la métropole napolitaine, plusieurs des sites archéologiques les plus connus au monde. La multiplicité des manières de les approcher contribue à la richesse vive du neuvième long-métrage de l'auteur de Fuoccoamare (2016); richesse d'autant plus vive que le film ne prétend à aucune totalisation, aucun bilan.
Sous le signe poétique des nuages qui, selon Jean Cocteau, naîtraient tous de la bouche du Vésuve et qui sont ici non pas source d'imprécision mais invitation à la légèreté et à la mobilité, agents de liberté comme ils le furent jadis, dans la même région, pour Pier Paolo Pasolini, Pompei, Sotto le Nuvole est un voyage et une aventure.
Voyage dans les tunnels creusés par les tombaroli, ces voleurs d'antiquités popularisés il y a peu par Alice Rohrwacher (La Chimère, 2023), mais cette fois du côté de celles et ceux qui enquêtent sur leurs méfaits. Aventure avec cette magnifique archéologue qui explore les réserves du musée des antiquités, réserves peuplées d'innombrables objets «mineurs», exclus des espaces d'exposition.
Fantasmagorie et hyperréalisme au QG des pompiers, où des hommes et des femmes admirables de calme, d'écoute et de précision attentive répondent aux appels des angoisses et des fantasmes des citoyens dans cette zone sismique. Celles et ceux qui en ont les moyens habitent ailleurs.

Au QG des pompiers de Pompéi, les écrans qui décrivent l'état de la région, l'état des angoisses et des rêves de ses habitants. | Capture d'écran Météore Films via YouTube
Splendeur modeste du labeur quotidien de cet homme âgé qui, chaque jour, accueille les gamins des rues, les initie en riant et en grondant à l'amour des textes, des histoires, de la curiosité.
Étrangeté savante et comme enchantée de ces chercheurs japonais dans les ruines d'une villa romaine, tandis que prolifèrent en ramifications les textes antiques, les chroniques contemporaines, les paroles savantes ou gouailleuses, mystiques ou épuisées d'un peuple infiniment composite, composé d'autochtones et d'étrangers, de vivants et de morts, d'humains et de non-humains. Entre eux circulent des flux que la caméra et le montage rendent sensibles.
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