L’œil monte, s’agrippe. Tout comme le liquide vital, sève ou sang, s’élève, flux tranquille ou jet impétueux, d’une cellule à l’autre au sein d’un être vivant. Mais est-ce bien de cellule qu’il faut parler pour désigner les ajours (parfois sertis d’un bleu de gemme qui n’est pas sans évoquer Evi Keller), les distensions ou les lacunes qui criblent la surface entrecroisée des trames de Pierre-Luc Poujol ? On pourrait aussi bien penser à des alcôves, voire au quadrillage d’un vitrail : un vitrail dont la lumière, ses clartés de glace ou ses ors en fusion, aurait fait fondre les scènes figurées au-delà du visible, au-delà de tel ou tel sujet de l’histoire sainte. Mais qu’importe les dénominations : ces œuvres de la série Between the Lines épousent, comme en un mariage à la fois très charnel et très mystique, les arbres, elles naissent de l’empreinte de leur écorce, et l’œil lui aussi les épouse. Il les suit vers les hauteurs, comme les bras de l’enfant qui ceint le tronc d’un arbre, puis s’élance de branche en branche et grimpe vers le feuillage. Tandis, peut-être, que le soleil, tamisé par les frondaisons, dessine sur le sol des bois un complexe damier de lumières et d’ombres.
Pierre-Luc Poujol confie que l’arbre offre la prise d’un « ancrage », à lui qui a été un « déraciné ». Et on imagine volontiers l’artiste « se jetant sur le sol », tel l’Orlando de Virginia Woolf : « elle éprouva la sensation des os de l’arbre courant telles des côtes à partir d’une épine dorsale de-ci de-là au-dessous d’elle. Elle se plaisait à penser qu’elle chevauchait sur le dos du monde. Elle aimait à s’attacher à quelque chose de dur. » Mais Pierre-Luc Poujol est surtout un fervent de Nietzsche, dans la pensée duquel il trouve cette intersection – cette « lisière » – qui le travaille tant, et qu’il travaille tant, entre les polarités antipodiques de l’ordre et du chaos, entre l’équilibre harmonieux d’une stase sereine et le bouillonnement anarchique propre au vivant. Alors rien d’étonnant si l’immobilité, si l’enracinement, n’a qu’un temps, ou plutôt n’est qu’un temps.
Liste des inscrits (1/5 reste 4)
Liste d'attente 
Sois le premier à poster un commentaire sur cette sortie !