Complètement hypnotisé par ce film magnifique, d'une rigueur et d'une simplicité totales, mais qui résume à lui seul tout le cinéma, rien de moins. Profondément dépressif, Paris est un portrait à la verticale des gens, de tous les gens, de ceux qu'on croise dans une gare ou dans un bistrot, de ceux qui font la texture de la vie sans qu'on s'y arrête. Depardon s'y arrête, lui, et même longuement, dans une sorte d'appel désespéré à moins de solitude, à plus d'intimité. "C'est dur d'aimer la solitude, mais de ne pas pouvoir être seul", c'est la dernière réplique, et ça résume bien le propos.
Un cinéaste, visiblement déprimé, décide de réaliser un "projet". Il ne sait rien de celui-ci, juste qu'il a envie de trouver quelqu'un, une personne, dans la foule des anonymes, et d'en faire un film. Il s'adjoint les services d'une chasseuse de tête, et ensemble ils filment la gare Saint-Lazare à la recherche de cette inconnue floue
et inatteignable. Dans un premier temps, on voit de longs plans sur ces foules de gens qui descendent des trains, vagues de visages et de corps que Depardon attend dans son champ. On a l'impression magnifique que c'est le monde qui passe devant la caméra, et non que Depardon vient le chercher. Une sorte de mise en scène hasardeuse, qui fait confiance à l'objectivité du regard pour déclencher la magie. Pourtant, la rigueur des cadres, la beauté somptueuse du noir et blanc, la profonde précision du son de Claudine Nougaret (son meilleur travail à ce jour), tout ça fait qu'on sent bien la part de contrôle qu'il y a dans ce film. Mais le fait est : on assiste à de la vie brute, à une apogée du style depardonnesque dans cette fascination pour les gens dans ce qu'ils ont de plus ordinaire.
Puis le cinéaste décide de rencontrer des comédiennes. Le projet vire alors à la catastrophe : quelques jeunes
filles avides de travail, prenant des poses, convaincues qu'il faut "être quelque chose" pour arriver à figurer dans le film, touchantes pourtant dans cette soif de regard qu'elles cherchent dans les yeux du jeune cinéaste désemparé. Série de portraits fascinante, où Depardon montre avec une totale sobriété pourquoi il a toujours choisi la voie du documentaire. On entend d'ailleurs cette phrase superbe : à la question "Pourquoi vous avez décidé de faire un documentaire ?", le jeune mec répond : "Parce que je n'ai pas besoin de la fiction". Quand on voit à quel point ces quelques plans simplissimes (plans séquences en cadres fixes sur des femmes qui parlent) peuvent être troublants, on comprend cette déclaration de foi.
Puis le film dévie vers des conversations avec des inconnues prise
s au hasard dans la foule, et là on approche du miracle. Jamais depuis la Nouvelle Vague on n'avait eu autant l'impression d'un enregistrement du réel, de sentir la vie palpiter derrière ces longs portraits, de constater la beauté simple d'un être pris dans un champ. Depardon filme tout, des hésitations aux envolées, des confessions intimes aux trivialités, des creux aux instants de fulgurance. Surtout, il filme des corps, des femmes qui se savent filmées et qui font avec, avec naturel ou non, avec sincérité ou pas, avec gène ou très naturelles. En creux se dessinent des solitudes accumulées, des petits destins certes banals mais profondément touchants, et Paris apparaît alors comme un essai sur l'isolement au sein de la foule, à l'image de cette fille qui se promène dans la gare pour être seule au milieu des autres. Heureuses ou non, ces femmes sont toutes fascinantes, constituent toutes des débuts 














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