“ Hey, Dude ! - la Traversée “
Dans le paysage fragmenté de l'art contemporain, Olivier Sultan trace un sillon singulier — celui d'un artiste qui fait surgir des mythologies personnelles.
Né à Paris, nourri par quinze années passées en Afrique australe, à la fois créateur et passeur (galeriste, commissaire, défricheur des scènes africaines), Olivier Sultan élabore patiemment un univers artistique cohérent, tout en cultivant une diversité formelle. Peinture, sculpture, photographie, ready-made, collage, mobile : chaque médium devient entre ses mains l'instrument d'une même quête — celle d'un dévoilement des structures invisibles qui gouvernent nos représentations, nos échanges, nos croyances.
Au cœur de cet univers : les Dudes. Totems de poche, figures-fétiches nées du recyclage. Les Dudes ne sont ni des héros ni des idoles : ce sont des voisins d'univers, des cousins d'infortune. Ils portent sur eux la mémoire des rebuts, l'intelligence des mains qui sauvent, l'élégance du « faire avec ». On les croit muets, pourtant ils parlent en codes : posture, équilibre, cicatrices, couleur.
Il y a, dans le regard que Sultan porte sur eux, quelque chose qui tient à la fois de la tendresse et de l'ironie — cette distance affectueuse que l'on réserve aux êtres dont on connaît les failles mais que l'on continue d'aimer.
Avec cette nouvelle exposition, Olivier Sultan invite ses Dudes à larguer les amarres. Cap sur les côtes africaines : grands voiliers de bois sculptés à la main, tableaux gorgés d'un bleu outremer profond, photographies de ports battus par la lumière. Il est moins question ici d'exotisme que de navigation dans l'imaginaire — un cabotage entre les souvenirs, les correspondances poétiques, les mythes de traversée. Les Dudes embarquent, et avec eux toute la cargaison habituelle de Sultan : le bricolage élevé au rang de rituel, le quotidien passé en contrebande, l'humour comme boussole. On les retrouve marins, passagers clandestins d'un récit qui relie Paris à l'Afrique non par la géographie, mais par les lignes de fuite de la mémoire et du désir.
Plus loin, gravitent les « photographies du Cosmos » — vingt enfants des étoiles, vingt poussières d'Univers réfléchies dans un miroir sans âge.
Jusqu'à quel degré de distorsion un être reste-t-il lui-même ? Autour de cette question gravitent aussi les tableaux-sculptures où la matière déborde du cadre, les mobiles suspendus comme des équilibres fragiles. Collages, ready-made, détournements : le quotidien passe en contrebande.
Nous sommes des éclats, des brisures du Cosmos — et le trivial se fait sacré en traversant une simple frontière : le regard.
Avec la Banque Ducell-Marchant, qui ouvre ses guichets imaginaires, impeccablement absurdes, dangereusement crédibles, voilà que la valeur arrive en uniforme, avec ses filigranes, ses numéros, ses airs d'autorité... Les bons d'acquisition circulent comme des talismans administratifs : on achète, on échange, on adhère. On comprend alors que l'économie est souvent une fiction bien imprimée, une croyance qui a trouvé sa typographie. C'est beau, c'est net, c'est dangereux : on a envie d'y croire. Tout ici a l'air de plaisanter — mais c'est une plaisanterie très sérieuse, celle qui demande, en souriant : « Alors, tu appelles œuvre quoi ? … et tu crois à quoi ? »
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