Trace, vestige, empreinte, relique
Lorsqu’un prêtre ami remit à Nasreddine Bennacer un lot de papier artisanal rapporté du Tibet, il ne lui transmit pas seulement une matière : il lui confia un dépôt de temps. Il savait combien l’artiste approche ce matériau avec une dévotion savante, comme on touche une archive fragile ou une peau ancienne.
Ce papier, chargé de récits muets, déjà traversé par des gestes, des circulations et des contextes culturels, n’est pas accueilli comme simple médium, mais comme matière mémorielle, dans la continuité des recherches de l’artiste. Nasreddine Bennacer l’assemble sur la toile comme une mue patiemment recueillie. Il ne cherche ni à l’aplanir ni à le dompter : il en préserve les cicatrices, les plis, les accrocs, laissant affleurer ses aspérités comme autant de souvenirs inscrits dans la fibre.
Sur cette surface devenue épiderme, le pastel terracotta vient se déposer. Rouge de terre, rouge de sang ancien, il se répand en nappes abstraites ou suggère, à demi effacées, des scènes héritées des maîtres - chasses, combats, fureurs suspendues. Rien n’est frontal ; tout est réminiscence. L’image semble émerger d’une mémoire souterraine, puis s’y dissoudre à nouveau, ne laissant qu’une trace persistante, un tatouage invisible mais irrévocablement encré dans la peau.
Ce rouge tellurique réapparaît dans des installations où la photographie dialogue avec la terre cuite. Là, l’artiste rend hommage à ces maisons singulières du sud du Maroc, édifiées à partir des vestiges d’un atelier de poterie : architectures nées des rebuts, murs façonnés par les restes d’un feu passé.
Toujours la même intuition : conserver en soi l’empreinte de ce qui fut. Comme un Ne rien effacer. Bâtir avec les fragments et faire de la ruine non pas une fin, mais une matrice active.
--
Liste des inscrits (1/4 reste 3)
Liste d'attente 
Sois le premier à poster un commentaire sur cette sortie !