The Crown! poursuit le projet en cours de Takadiwa, réutilisant les restes d’objets du quotidien et les transformant en ce que l’on pourrait qualifier de textiles post-industriels. Ce ne sont pas des objets de confort. Ils portent en eux les tensions du post-colonialisme en Afrique : la politique des cheveux noirs, la soif des petites vanités, la chorégraphie de la consommation ostentatoire. Les peignes afro, qui apparaissent tout au long de l’exposition, servent d’archives à l’histoire sociale, politique et spirituelle, enracinée dans les traditions africaines et l’auto-modélisation coloniale qu’elles ont imposée. Autrefois outils pour la toilette et le rituel, ces peignes portent désormais le poids de la résistance et de la fierté dans la vie politique noire.
Tout au long de l’exposition, des couronnes, constituées de touches de clavier, de bouchons et de peignes, symbolisent l’autorité et le pouvoir, mais demeurent ancrées dans l’expérience noire. Entre les mains de Takadiwa, les cheveux deviennent un moyen de se définir et de se rebeller, se mêlant à la politique genrée des soins corporels noirs et à l’histoire coloniale qui continue d’infléchir la conception de la beauté au Zimbabwe. Le regard unique et autoritaire du portrait occidental est ostensiblement absent. À sa place, des formes circulaires et des masques suggèrent une unité et une identité commune. Les objets deviennent des gardiens, leurs visages des esprits, en accord avec la cosmologie africaine et l’influence des ancêtres.
L’œuvre de Takadiwa évolue simultanément à plusieurs niveaux. Les formes circulaires et les masques évoquent la plénitude et le sens du collectif, agissant comme des gardiens qui font écho à la cosmologie africaine et au pouvoir ancestral. Cheveux et touches de clavier – les premiers, organiques et chargés de sens, les seconds, industriels et anonymes – sont juxtaposés, soulignant la manière dont l’identité s’entremêle avec la production mondiale. Ces matériaux, récupérés au milieu des déchets de Harare, finissent dans des galeries, vendus à des acheteurs occidentaux. Ce n’est pas un échec de l’œuvre, mais peut-être son aspect le plus authentique.
Ce qui frappe le plus dans The Crown! est son espoir têtu, même lorsqu’il fait le bilan des ravages causés par l’extractivisme. Tout bien pesé, cette exposition montre comment les objets passent du simple au complexe, du débris au précieux. L’œuvre de Takadiwa invite à la critique, mais suggère également que le changement est possible, sinon par des gestes grandioses, du moins par des efforts communs, un ancrage spirituel et le lent travail du refus.
Ses œuvres montrent qu’il est possible de reconstruire de fond en comble des structures vétustes, en utilisant les débris laissés par l’extractivisme. La brasserie, imposant autrefois l’ordre colonial, abrite désormais une communauté d’artistes occupés aux tâches de réparation. Ceci n’est pas une métaphore. C’est la réalité qui modèle les figures couronnées de Takadiwa, non pas comme les rêves d’un passé précolonial perdu, mais comme des composites, assemblés à partir des vestiges d’un projet de mondialisation autrefois prometteur, et qui insistent sur leur propre façon d’être. La question reste ouverte de savoir si le monde de l’art occidentalisé peut répondre à cette insistance ou s’il ne peut que l’admirer à bonne distance.
Fernanda Brenner
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