La galerie Thaddaeus Ropac, à Paris, dans le Marais, présente une exposition d'œuvres de l'artiste autrichienne Martha Jungwirth. L'exposition s'articule autour d'une remarquable installation monumentale en 131 parties, composée de dessins et de peintures sur papier, entremêlés de pages de journaux découpées – décrite par Bernard Blistène comme une « grande frise d'images indisciplinées » – créée sur une période de cinq ans, entre 1987 et 1992. Cette œuvre monumentale sera accompagnée d'un ensemble de peintures récentes de l'artiste, ainsi que d'une sélection d'aquarelles, dont les plus anciennes datent des années 1980.
Comme l'explique Jungwirth : « Mon art est comme un journal intime, sismique. C'est ma méthode de travail. Dessiner et peindre est un mouvement qui me traverse. » L'œuvre monumentale au cœur de l'exposition illustre parfaitement l'approche diaristique de l'artiste face à l'abstraction. Elle a réalisé les dessins qui les composent en jetant un regard distrait à la feuille, dans un processus instinctif proche de l'écriture automatique. Ces dessins sont accrochés au mur, page par page, comme un journal intime déstructuré, empilés sur quatre niveaux. Sur certaines pages, des pensées bouillonnent, sous forme de notes et d'annotations furtives de la main de l'artiste. L'œuvre de Jungwirth dégage une impression saisissante de confidentialité ; le sentiment d'être témoin d'un secret.
Le titre de l'exposition, Geh nicht aus dem Zimmer (Ne quitte pas ta chambre), traduit cette introspection presque intime. Il fait référence à un poème du poète russo-américain Joseph Brodsky, sans titre mais connu par ces premiers mots. À la fois passionné et obstiné, il implore le lecteur : « Ne quitte pas ta chambre. Fais semblant d'avoir un rhume. » Quoi de plus excitant que du papier peint, une chaise et un lit ? Cette question fait directement écho au processus créatif intime et profondément personnel qui sous-tend les 131 œuvres sur papier, dont beaucoup ont été réalisées par Jungwirth au crépuscule, devant la télévision. Plus de trente ans après leur création, elle les a rassemblées en une œuvre composite afin de se confronter à nouveau aux impulsions fugaces qui les ont engendrées.
Jungwirth travaille de manière intuitive, créant des œuvres qui transmettent une conscience palpable de soi, sans pour autant tomber dans une introspection absolue. Bien que conçue dans un contexte de solitude sublime, la narration qui se déploie sur le mur est ancrée dans le réel, comme en témoignent les pages découpées dans les rubriques culturelles des journaux et intercalées avec ses propres dessins et peintures. Elles initient des dialogues avec l'histoire de l'art au sein même de la frise – avec les cicatrices cousues d'une tête en tissu de Louise Bourgeois, ou la douloureuse Descente de Croix de Rogier van der Weyden – mais invitent aussi le spectateur à imaginer Jungwirth feuilletant le journal pendant qu'elle travaille. L'actualité figure parmi ses principales sources d'inspiration.
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