CE CINE PREND LES CARTES ILLIMITEES UGC/MK2 ET LE PASS.
Alors qu’elle est au sommet de sa carrière musicale, Maja vacille et voit ses ambitions s’interrompre brutalement. Elle se réfugie chez sa mère, enseignante à Oslo, qui lui décroche un poste de surveillante dans son lycée. Loin de la scène, Maja commence lentement à retrouver goût à la vie.
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Low Expectations marque les débuts au long métrage d’Eivind Landsvik, qui aborde des sujets délicats — la dépression, l’épuisement émotionnel et l’injonction contemporaine à la réussite — avec une douceur et une légèreté inattendues. Dans un paysage festivalier souvent saturé de récits démonstratifs sur le mal-être, le cinéaste norvégien choisit une voie plus discrète, celle d’une dramédie mélancolique, lumineuse par petites touches, attentive aux flottements du quotidien et aux micro-déplacements intérieurs.
Le film suit Maja, une musicienne adulée dont la carrière s’est effondrée soudainement après un burn-out. Dépressive, fauchée et incapable de continuer à vivre au rythme destructeur de l’industrie musicale, elle retourne dans sa ville natale et accepte un poste de surveillante dans le lycée où travaille sa mère. Un point de départ presque banal, que Landsvik transforme peu à peu en chronique douce-amère sur le déclassement, la fatigue d’exister et la difficulté à redéfinir sa valeur dans une société obsédée par la performance.

L’une des belles réussites du film tient justement à son refus de psychologiser excessivement son personnage et de transformer la dépression ni en grand spectacle dramatique, ni en parcours balisé vers la résilience. Low Expectations préfère filmer un état de suspension, cette sensation persistante de regarder sa propre vie de l’extérieur, avec une fatigue diffuse et un mélange d’ironie et de tristesse. Mais le film évite constamment la pesanteur grâce à ses touches d’humour bien senties, quelques très belles scènes et une vraie tendresse pour ses personnages.
Dans son tout premier rôle au cinéma, Girl in Red — Marie Ulven à l’état civil — impressionne par son naturel et son charisme immédiatement attachant. Sans chercher l’effet, elle compose une héroïne fragile, opaque, souvent drôle malgré elle, dont les silences prolongés racontent autant que les dialogues. Face à elle, le toujours impeccable Anders Danielsen Lie apporte cette douceur mélancolique qu’il maîtrise si bien, dans un registre tout en retenue, incarnant une figure rassurante pour celle qui ne parvient pas à verbaliser ce qui l’empèse.
Tout n’est pas parfaitement équilibré, et certaines pistes narratives auraient gagné à être davantage creusées, mais cette fragilité participe aussi du charme et de la sincérité d’un film inspiré du propre vécu du réalisateur. À sa manière, modeste et profondément humaine, Low Expectations rappelle qu’il suffit parfois d’une présence attentive et réconfortante pour faire renaître un peu d’estime de soi. Une énième preuve que le cinéma norvégien actuel est devenu incontournable dans l’art de filmer les êtres perdus avec délicatesse, sans cynisme ni jugement.
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