Critique : Il fallait plus de trois heures pour raconter cette fresque historique sans caricaturer l’Histoire ou la réduire à une suite de personnages réducteurs et manichéens. Et Xavier Giannoli sait y faire. Après l’exceptionnel Illusions perdues, le cinéaste s’engage dans le portrait d’un homme complexe, qui a préféré la luxure et l’argent à la responsabilité politique pendant l’Occupation. Cet homme est journaliste et sa fille Corinne est une célèbre actrice de cinéma aujourd’hui oubliée (elle fut notamment la vedette du film Le dernier tournant de Pierre Chenal). Tous les deux tentent de se sortir de l’ostracisme économique et social imposé par la guerre.
Emprunté à un recueil de poésie de Hugo, Les rayons et les ombres détricote le récit national que la France s’est construit autour de la Seconde Guerre mondiale. Si notre pays s’est humilié en faisant arrêter des milliers de juifs et a permis à l’Allemagne d’étendre son pouvoir, c’est que des Français eux-mêmes l’y ont aidé. Xavier Giannoli va droit au but. L’amitié entre Jean Luchaire, le journaliste, et l’ambassadeur allemand, Otto Abetz, qui certes est née avant la guerre, sous couvert d’une volonté de défendre la paix franco-allemande, a perduré pendant tout l’Occupation malgré l’évidence que les arrestations sommaires des juifs et les comportements arbitraires de la police de Vichy étaient inacceptables ; et démontre l’adhésion totale aux thèses antisémites des deux personnages. Pendant que des millions de Français peinaient à nourrir leur famille, le poids de la corruption a gangréné les relations sociales et rabaissé l’honneur français, ce que montre magistralement le récit.

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Xavier Giannoli reprend le ton romanesque et balzacien de son film précédent. Le récit est mené à partir des confidences de la fille de Jean Luchaire, qui, après la gloire furtive de sa carrière d’actrice, vit dans un modeste logement social, non sans être régulièrement l’objet de brimades et violences. Sans pour autant se dédouaner de son aveuglement, quelque peu justifié par des mois passés dans un sanatorium, elle tente de conjurer un destin qui la fait pencher du côté des héroïnes déchues. On pense à de grandes figures romanesques, chez Zola ou Balzac, dont l’ascension est aussi brutale que la chute. Xavier Giannoli donne une place au pardon national, en évitant de faire basculer son héroïne dans le statut de la victime, tout en lui accordant une possibilité de résilience.
Il ne faut pas avoir peur des trois heures. Elles passent très rapidement, grâce au talent incontestable de conteur qu’est Xavier Giannoli. Les décors, les costumes, le nombre impressionnant de figurants attestent d’un long-métrage de grande qualité, où tout est réuni pour séduire le public. Les rayons et les ombres s’affiche comme une œuvre aux accents littéraires évidents. La musique, jusqu’à celle de Mozart avec son fameux Requiem, apporte au récit historique une épaisseur supplémentaire, entre la grâce et le déclin.

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On n’avait plus vu depuis longtemps Jean Dujardin dans un rôle de cette étoffe. L’acteur habite son personnage avec un goût certain de la démesure. Il ne le réduit jamais à une forme de manichéisme, lui permettant même de gagner une sorte de compassion de la part des spectateurs. Le film le décrit moins comme un journaliste qu’un père protecteur, qui faillit aux sirènes de la facilité et de la trahison. Nastya Golubeva Carax ne démérite absolument pas dans le rôle de la fille de Jean. Elle incarne un personnage tout aussi complexe, entre fragilité, frivolité et insouciance.
Les rayons et les ombres est aussi un film d’acteurs. Chacun s’adonne avec intégrité dans ce grand récit historique qui apporte des clés de compréhension à la période de l’Occupation en France. On comprend combien les équilibres nationaux sont fragiles, notamment quand il s’agit de décider entre ses propres intérêts, notamment pécuniaires, et celui de tout un pays qui vacille dans la dictature. Xavier Giannoli offre un spectacle d’envergure, absolument passionnant, qui rend hommage au cinéma, décrit plus que jamais comme une fenêtre de liberté.













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