La canicule me pousse à reporter la balade prévue ce jour !
On raconte que Pierre Bonnard n’a cessé tout au long de sa vie de reprendre ses toiles. Une anecdote en particulier rapporte qu’il fut arrêté par un gardien au Musée du Luxembourg alors qu’il tentait de retoucher subrepticement une minuscule feuille d’arbre d’un de ses tableaux. Marguerite Duras, dans La Vie matérielle, se remémore l’histoire d’un tableau que Bonnard aurait significativement modifié, sans demander l’avis des commanditaires, et rappelle que la création avance rarement en ligne droite : « Ça arrive dans un livre, à un tournant de phrase, vous changez le sujet du livre. (…) Les tableaux, les écrits ne se font pas en toute clarté. »
Ces récits confrontent plusieurs perspectives légitimes : d’un côté, l’institution qui garantit la conservation de l’œuvre acquise et son inscription patrimoniale dans un récit historique ; de l’autre, le parcours individuel de l’artiste et les mouvements, parfois significatifs, de sa pratique ; enfin, l’interprétation du public, qui varie selon les époques, les aires géographiques…
À partir de la collection du Frac Île-de-France, Le Syndrome de Bonnard explore comment les œuvres peuvent évoluer après leur acquisition : les tâtonnements de la pratique d’atelier peuvent-ils être ré-examinés par l’artiste une fois son œuvre inventoriée ? Comment certaines œuvres peuvent-elles sans cesse être rejouées, réactivées et actualisées ? Que dire du changement de perception d’une œuvre à la lumière de l’évolution de notre contexte politique, social et environnemental ? Dix ans après avoir réalisé une première exposition¹ consacrée à ces questions, Le Bureau/ joue le jeu de la reprise et approfondit au Plateau et aux Réserves sa réflexion sur l’impermanence d’une œuvre d’art.
Dans une perspective contemporaine, le « bonnardisme » n’est pas seulement un rapport obsessionnel au travail ou à une recherche sans fin, ce sont aussi les réorientations qui surviennent dans les « récits autorisés »² de l’œuvre : les bifurcations d’une pratique, l’usure ou la transformation des matériaux, les nouvelles interprétations qui peuvent être activées dans le cadre d’œuvres immatérielles, l’évolution du regard porté sur les œuvres en lien avec les changements sociétaux, ou encore la collaboration constante entre artistes et institutions autour des décisions à prendre — montrer, restaurer, adapter…
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https://fraciledefrance.com/fr/programmation/les-reserves/le-syndrome-de-bonnard-reserves
Après cette expo, s'il ne fait pas trop chaud, nous pourrons faire un tour aux Buttes Chaumont.
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