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Sortie n° 23915651, créée le 08 08 2026
Gorgona
Sponsor
Organisateur
Date de la sortie
Heure de début
Mardi 11 Août 2026

Inscriptions & désinscriptions jusqu'à :
18:15 (H-1)
19:15
Descriptif de la sortie

CE CINE PREND LES CARTES ILLIMITEES UGC/MK2 ET LE PASS ET LA CARTE CIP. 

 

Présenté à la Mostra de Venise 2025 avant sa sortie française le 22 juillet 2026, Gorgonà est le premier long métrage d’Evi Kalogiropoulou, cinéaste et artiste visuelle grecque formée au Royal College of Art à Londres. Elle avait déjà fait parler d’elle avec Motorway 65, sélectionné en compétition courts-métrages à Cannes en 2020, puis Sur le trône de Xerxès, présenté à la Semaine de la Critique en 2022. Avec Gorgonà — « sirène » en grec — elle passe à la vitesse supérieure en construisant un univers de genre à part entière, coécrit avec la scénariste française Louise Groult.

L’action se déroule dans une petite ville grecque paupérisée, gouvernée par un réseau d’hommes armés et dominée par une gigantesque raffinerie de pétrole qui constitue sa seule ressource. Nikos, chef de bande gravement malade, doit organiser sa succession. Des tensions s’installent quand il inclut sa protégée Maria parmi les prétendants au trône. L’équilibre bascule avec l’arrivée d’Eleni, chanteuse au bar de la ville, qui va embraser bien plus que la scène. Le film est porté par Melissanthi Mahut dans le rôle de Maria et Aurora Marion dans celui d’Eleni.  

La référence à Mad Max s’impose d’elle-même, et Kalogiropoulou ne la fuit pas — elle la revendique, en y ajoutant Claire Denis et Tarantino, ainsi que le cinéma grec des années 1970. Ce brassage produit quelque chose d’assez singulier : un film de genre ancré dans la mythologie hellénique, qui tourne autour du mythe de Méduse — violée par Poséidon dans le temple d’Athéna, puis transformée en monstre par Athéna elle-même, qui punissait la victime. Le décor, tourné à Éleusis, cité des anciens « Mystères » célébrant la force du féminin, n’est pas un hasard : Kalogiropoulou y lit un parallèle entre dégradation environnementale et contrôle patriarcal, le paysage industriel servant à la fois de symbole de l’oppression et de terrain de la résistance.  

 

Le film se déploie en cinq chapitres qui suivent la montée en puissance de Maria dans une tribu intégralement masculine, science-fiction post-futuriste sans date ni repère géographique explicite, où l’on entre directement, sans mode d’emploi, dans un monde dont les femmes semblent avoir été évacuées du pouvoir depuis toujours. Cette plongée immédiate est l’une des réussites formelles de l’œuvre : Kalogiropoulou ne contextualise pas, elle impose. Le spectateur est jeté dans une cité-État dont il doit reconstruire les règles en temps réel, ce qui produit une tension sourde dès les premières minutes.

Là où le film accroche, et où il coincé, c’est dans sa manière de traiter l’émancipation. L’arrivée d’Eleni, étrangère venue de l’extérieur, fonctionne comme un catalyseur — la figure classique de celle qui dit l’indicible parce qu’elle ne doit rien au système en place. Mais le récit bute sur une contradiction qu’il ne résout pas : les femmes qui prennent le pouvoir reproduisent exactement les mêmes comportements que les hommes, violence gratuite, rivalités stériles, exhibitionnisme des armes, sans que le scénario semble décider si c’est une critique ou une fatalité. Ce flou n’est pas forcément un défaut — on peut y lire une lecture pessimiste du pouvoir comme structure indépendante du genre qui l’exerce — mais il affaiblit la portée politique du propos, qui oscille entre subversion et reconduction des codes qu’il prétend retourner.  

Les scènes de sexe, trop nombreuses pour être toutes nécessaires, participent de la même ambivalence. Certaines ont une vraie charge dramatique, d’autres semblent là pour souligner une esthétique de l’excès qui finit par s’épuiser. Le film est plus convaincant quand il se tait et laisse parler la raffinerie la nuit, les lumières industrielles sur les visages, la géographie d’un monde où la jeunesse est en perdition sans même avoir un nom pour ce qu’elle traverse.

 

Gorgonà reste une œuvre impactante, imparfaite et honnête dans son ambition. Pour un premier long métrage, c’est déjà beaucoup.

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