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Date : 09-08-2026 11:04:07
Depuis la semaine dernière, au moins 141 personnes ont été retrouvées mortes à la frontière entre le Maroc et l’enclave espagnole de Ceuta. Des victimes invisibilisées dans la majorité des discours médiatiques et politiques qui parlent de la situation sur place.
Les images montrant des milliers de personnes pénétrant dans l‘enclave de Ceuta sont impressionnantes. Elles révèlent l’ampleur de la détresse d’un peuple, prêt à risquer sa vie pour quitter son pays. Prêt à nager pendant des heures, pour fuir une dictature sans avenir où près d’un jeune sur trois est sans emploi. Fuir un pays où la presse est muselée, les journalistes emprisonnés, la liberté empêchée.
Ces images montrent, en creux, la violente répression qui s’exerce chaque jour aux frontières de l’Europe dans l’indifférence la plus complète. Si plusieurs centaines de personnes ont pénétré dans Ceuta en quelques heures sur la base d’une rumeur indiquant que la frontière était ouverte, c’est qu’il existe d’habitude un régime frontalier qui contraint, violente et tue quiconque essaye de rejoindre l’enclave sans les bons papiers. Selon l’ONG espagnol Caminando Fronteras, en 2024, plus de 10 000 personnes sont mortes en tentant de rejoindre l’Europe par l’Espagne, toutes routes migratoires comprises. Des morts qui résultent directement de l’Europe forteresse que nos gouvernements construisent.
Les enclaves de Ceuta et Melilla sont deux villes espagnoles qui se trouvent sur le continent africain. Elles sont les vestiges de la colonisation espagnole en Afrique. Seuls territoires de l’Union européenne ayant des frontières terrestres avec ce continent, ils ont toujours été des lieux de passage pour des personnes cherchant à atteindre l’Europe. La situation n’est donc pas nouvelle.
Pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé, il faut accepter l’idée sordide que ces hommes et ces femmes sont perçus par nos gouvernements comme des flux stratégiques, pouvant servir de moyen de pression diplomatique. Ainsi, en 2021, le Maroc avait délibérément suspendu ses contrôles frontaliers à Ceuta, laissant près de 10 000 personnes pénétrer dans l’enclave, afin de faire pression sur l’Espagne et la forcer à changer d’avis sur la question politique du Sahara occidental. Ce territoire non autonome est disputé par le Maroc et le Front Polisario, un groupe indépendantiste soutenu par l'Algérie.
Le Premier ministre espagnol s’est récemment rendu en Algérie, une coïncidence que certains observateurs soulèvent aujourd’hui. Pour l’heure, si rien ne prouve que le Maroc aurait stoppé les contrôles pour faire pression sur l’Espagne, une chose est sûre : en sous-traitant la gestion de ses frontières, l’Union européenne permet cette instrumentalisation de la détresse humaine par les pays extérieurs. C’est le cas au Maroc, mais aussi avec la Tunisie, la Libye, ou dans les Balkans.
Sur le plan médiatique, l’instrumentalisation n’est pas en reste. Pour l’ensemble de la sphère réactionnaire, l’occasion était trop belle pour ne pas être saisie. Mais derrière les récits de submersion migratoire, les mensonges, et les centaines de vidéos partagées sur les réseaux, se joue la fabrique de la peur chez les citoyen·nes européens. Tous ces événements révèlent encore une fois le niveau de xénophobie et de haine de l’étranger qu’aura su imposer l’extrême droite en Europe depuis des années. Rares sont les responsables politiques ayant eu un mot d’humanité pour ces personnes.
Laisser la place à ces discours alarmistes, racistes et mensongers, c’est donner toujours plus d’importance aux obsessions de l’extrême droite. Que les partis dits modérés s’engouffrent dans ces discours xénophobes devrait toutes et tous nous alarmer. Ce glissement a des conséquences directes pour des milliers de personnes en France et ailleurs, victimes de violences racistes et de stigmatisations.
À nous de réagir pour contrer ces discours, pour défendre les droits et faire converger les luttes des plus vulnérables. En l’absence de liberté de circulation pour toutes et tous, nos frontières ne cesseront de provoquer la mort, quel que soit leur niveau de sophistication.
Dans les jours qui ont suivi, la majorité des personnes ayant passé la frontière sont reparties au Maroc faute de prises en charge sur le territoire espagnol. Depuis, une chasse à l’homme, basée sur des contrôles au faciès, a lieu dans les rues de Ceuta pour renvoyer celleux qui restent, en grande partie des mineurs non accompagnés. Les fontaines à eau sont fermées, les camions fouillés, et sans les associations aucune distribution alimentaire ne serait organisée. Les dispositifs pour les mineurs non accompagnés sont saturés et Ceuta demande de l’aide au continent qui ne vient pas.
Cet événement dépasse la question migratoire : il s'inscrit dans un contexte géopolitique où plusieurs puissances (Maroc, États-Unis) auraient intérêt à fragiliser le gouvernement espagnol, seul exécutif socialiste européen à s'opposer fermement à la politique israélienne en Palestine et à refuser de s'associer aux États-Unis sur l'Iran.
Les défenseurs d’une politique migratoire européenne encore plus dure leur ont très vite emboîté le pas. L’italienne Giorgia Meloni, comme la plupart des hommes politiques français (de Bruno Retailleau à Edouard Philippe) se sont empressés de critiquer la politique du premier ministre espagnol Pedro Sanchez.
L'argument de « l'appel d'air », c'est-à-dire l'idée que la régularisation de travailleurs par l'Espagne au mois de juin dernier aurait provoqué cet afflux, n’a pas de sens. Il s’agissait d’une opération limitée dans le temps qui concernait les personnes présentes depuis plus de cinq mois en Espagne, et les demandes devaient être faites entre le mois d’avril et juin 2026. Une décision politique qui n’a donc pas de lien avec les dernières arrivées. Mais peu importe la réalité des faits : l'histoire, amplifiée par les réseaux sociaux et des médias non indépendants, s'est imposée comme récit dominant.
Ce qu'il s'est passé le 30 juillet, montre bien que les migrations irrégulières ne sont pas uniquement des décisions individuelles, elles découlent de choix et de rapports politiques, d’histoire coloniale, d’alliances géopolitiques et de négociations économiques sous la main de quelques pays qui n’ont jamais en tête le bien être des population
source Utopia556
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