IT TAKES TWO TO TANGO
Au début de l’année 2026, l’exposition Myself interrogeait le rapport à soi et à l’autre à travers une suite d’autoportraits se situant volontairement « dans cet écart vertigineux entre ce qui est représenté, ce qui est vu et ce qui est su[2]. » Près de neuf mois plus tard, dans le même espace de la galerie Maïa Muller à Paris, It Takes Two To Tango s’ouvre aujourd’hui sur des rapports duo/duels au cœur de la création artistique. Nietzsche dans son poème philosophique Ainsi parlait Zarathoustra[3], habilement sous-titré Un livre pour tous et pour personne, n’affirmait-il pas : « Je vous le dis : il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. […] « Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu’est cela ? — Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l’œil. » Aussi les artistes réunis pour l’occasion semblent-ils s’écrier : accueillons donc ces expériences inconnues, incertaines ou imprudentes afin que nous puissions mettre – encore et toujours – des étoiles au monde ! Et cela littéralement chez Antonio Seguí ou Konrad Klapheck et leurs couples de danseurs ; allégoriquement chez Marc Ming Chan et ses paires de figures dominatrices ; ironiquement chez Gideon Kiefer et ses aphorismes sarcastiques ; charnellement chez Walter Pfeiffer et son jeu d’étreinte ; inéluctablement chez Pierre et Gilles et leur duo d’amants criminels… Car, au cœur de ce dévoilement dionysiaque du deux/d’eux, le « je » sens, ressens[4] et fait « sens » parce qu’il se dédouble ou se redouble pour, dans ou à travers une altérité autre et étrangement inquiétante, mais qui n’est le plus souvent que le reflet surprenant de soi-même : sa/son partenaire de danse autant que la danse elle-même. « On n’admire la danse de l’autre que si l’on est capable d’admirer le désir de l’autre[5]. » soulignait Georges Didi-Huberman.
Danser, c’est donc affirmer la/sa vie, ainsi que le clamait un iconique slogan des années SIDA : DANSER = VIVRE. L’accueillir en tant qu’avènement dans toute son immédiateté, en éprouver pleinement les sensations engendrées par l’énergie du mouvement sans l’anticiper, quasi sans le vouloir ou le décider, tel un sur-venir. Nietzsche encore : « Cette existence, telle que tu la mènes, et tu l’as menée jusqu’ici, il te faudra la recommencer et la recommencer sans cesse ; sans rien de nouveau ; tout au contraire ! […] Ah ! comme il faudrait que tu t’aimes toi-même et que tu aimes la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ![6] ».
Marc Donnadieu
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