Critique : S’il se plaît à observer les couples, le réalisateur mexicain Michel Franco n’est pas du genre à se perdre dans la comédie romantique. Il a plutôt fait le choix d’un cinéma rugueux davantage en phase avec la violence et la cruauté qu’il choisit de disséquer par le prisme d’engrenages familiaux.

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Même si l’on veut croire pendant quelques instants à cette romance aux allures de conte de fée entre le beau Mexicain et la riche Américaine, le rêve que le titre semblait promettre ne fait pas long feu. Le cauchemar s’invite dès la première scène, celle de la porte d’un camion derrière laquelle s’échappent les râles de migrants enfermés à la frontière entre le Mexique et les États-Unis. Quand leur geôle s’ouvre, des passeurs les rackettent, tandis que l’un d’eux parvient à s’échapper. Ses vêtements sales, son air hagard en disent long sur l’enfer qu’il vient de vivre. On le sent pourtant déterminé à poursuivre sa route. Après s’être fait chasser d’un bar où il ne quémandait qu’un peu d’eau, il trouve une âme charitable qui le dépose devant un appartement luxueux, sans que l’on sache qui il est ni où il va. Une succession de scènes brèves et sans paroles, dépouillées de toute humanité et de toute explication, laisse présager le traitement âpre réservé à cette liaison improbable.
Si ce jeune danseur mexicain vient de risquer sa vie au passage de la frontière, ce n’est pas uniquement dans l’espoir de trouver une vie meilleure. C’est surtout parce qu’il est follement amoureux d’une Américaine belle et fortunée. Plus âgée que lui et fille d’un influent homme d’affaires, elle dirige l’école de danse rattachée à la fondation créée par un père sans doute en quête d’une bonne conscience. C’est là que les deux amants se sont rencontrés. Pourtant, ce qui s’annonçait comme une piquante bluette, pimentée d’ébats torrides, tourne rapidement au rapport de forces. Naviguant entre le Mexique et les États-Unis, le réalisateur analyse sans concession l’impossible compréhension entre deux mondes socialement et culturellement opposés, en scrutant le jeu des apparences d’un potentat américain dont la prétendue tolérance se fissure face à l’incursion dans son cercle familial d’un migrant mexicain.

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Sacrifiant sa belle histoire d’amour sur l’autel des inégalités sociales, Michel Franco jette un regard lucide et cruel sur ces personnages paralysés par la peur, au point de renoncer à leur humanité. Le repli sur soi qui abîme les idéaux et rétrécit le monde n’épargne personne, de la bourgeoise héritière qui craint de perdre sa place au sein de son clan au petit peuple qui considère le migrant comme un voleur de culture ou de travail, en passant par le vieux commanditaire qui a peur d’entacher sa réputation ou même le clandestin prêt à toutes les turpitudes pour ne rien gâcher de ses illusions. La mise en scène, débarrassée de toute ostentation, bouscule méchamment les conventions, portant parfois la narration aux portes de la démesure, surtout en dernière partie. Fort heureusement, la parfaite alchimie entre la toujours convaincante Jessica Chastain (déjà présente dans Memory du même Michel Franco) et le novice mais prometteur Isaac Hernández rend ce jeu du chat de et de la souris fascinant et écarte tout risque d’ennui.
À l’heure où la chasse aux migrants façon Trump fait vaciller les valeurs de ce que l’on pensait être la première démocratie mondiale, Dreams interroge rudement mais sûrement sur l’orientation à donner à nos civilisations chancelantes qui ont fini par renoncer à tous leurs rêves.













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