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Critique : Inès grandit seule, avec ses grands-parents dans un hôtel chilien, planté en pleine montagne où les touristes internationaux viennent affronter la neige et les rochers. Et à cette occasion, pendant que ses parents font le tour du monde avec un bloc de glace arraché aux entrailles de la mer, la petite fille fait la connaissance d’Hanna, une jeune skieuse de haut niveau, qui ne tarde pas à disparaître dans les échos glacés de la montagne.
Dégel est un film d’une réalisatrice chilienne, origine suffisamment rare sur les écrans français pour saluer l’émergence d’un tel long-métrage. En même temps, la forme emprunte à un cinéma moins américain du sud qu’européen, présentant des protagonistes pour la plupart arrivant d’Allemagne, et des conditions d’existence des propriétaires de l’hôtel assez étrangères à ce qu’on connaît des films issus de ce continent. Finalement, ce récit tragique de disparition, teinté de violence doucereuse, aurait pu tout à fait se passer dans un domaine alpin.

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La fiction s’invite dans les marécages intérieurs de deux familles, l’une sud-américaine qui laisse grandir une petite fille avec le personnel de l’hôtel, l’autre allemande qui règle ses comptes avec la carrière avortée de grande sportive de la mère. Le ton est sombre, pour ne pas dire boueux, et la petite Inès qui assiste à ce spectacle de la cruauté humaine est impressionnante de sang-froid. Il faut saluer la prestation de Maya O’Rourke, qui interprète la gamine avec beaucoup de nuance et de profondeur. Le spectateur pressent pendant tout le film la détresse d’une enfant empêchée de parler, qui sait des choses sans pouvoir les exprimer, et grandit à l’ombre des employés de l’hôtel, avec des parents fantomatiques.

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Dégel est moins un film d’adultes que sur le drame silencieux de l’enfance. Hanna est aussi une victime de la perversité des adultes, dans un registre très différent de celui d’Inès. La cruauté est permanente pendant tout le long-métrage, se lisant à bas bruits dans le regard noir de la petite fille ou le geste, à peine perceptible, d’une main vers le corps offert d’une adolescente.
Dégel n’est pas sans défaut. Certes, la mise en scène qui joue avant tout sur les silences, ellipses et allusions, reste trop classique pour emporter totalement le spectateur. Le rythme, volontairement lent, ne permet pas toujours de rentrer dans le drame épais qui se joue pourtant au centre de ces familles névrosées. Un peu plus d’inventivité visuelle aurait permis au long-métrage de prendre une dimension supérieure. Le récit reste au bord de lui-même, en dépit des qualités narratives considérables et de l’implication des jeunes comédiennes.8













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