Damián Valdés Dilla
Tout commence lorsqu’il a 17 ans et que ses crises de schizophrénie paranoïde lui ferment les portes de l’école, en même temps que son isolement social nourrit peu à peu son besoin d’échappatoire. Les rebuts, témoins d’un monde effondré et immobile, serviront à édifier ses tours et autres moyens de locomotion. Les premières, denses et verticales, saturent l’espace comme pour conjurer le vide. Les seconds paraissent vouloir abolir les distances et réactiver le rêve d’Icare. Toutes manifestent une foi inébranlable en la capacité de l’homme à s’affranchir des aliénations et à échapper aux assignations à résidence. Fût-ce par le rêve.
Ces constructions relèvent d’une forme d’hétérotopie — des lieux autonomes, régis par leurs propres lois — où le réel est déplacé plutôt que fui. L’évasion, ici, n’est pas sortie du monde mais reconfiguration intérieure. Il y a du Facteur Cheval et du Bodys Isek Kingelez chez Valdes-Dilla, voire du Piranèse. Plus encore lorsqu’on se rappelle que cet architecte visionnaire du XVIIIe siècle avait fabriqué ses fameux candélabres en utilisant lui aussi des débris, ceux provenant des fouilles de la villa d’Hadrien.
Par la suite, le passage au dessin marque un tournant. Là où ses assemblages tenaient par un enchevêtrement triomphal, ses vues urbaines imposent leurs perspectives vertigineuses et leur organisation rigoureuse, le trait tentant de stabiliser ce que la matière débordait. Même si l’artiste s’ingénie parfois à perturber cet ordre en y insérant des scènes de chaos et de destruction. Cependant, ses métropoles demeurent traversées de flux incessants et radicalement vides de présence humaine. Comme si l’homme s’était retiré au profit d’un système autonome. À moins que Valdés Dilla n’ait voulu s’y ménager un espace de projection.
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