A l’occasion d’une exposition immersive cet hiver à la galerie Polka, le grand maître de la couleur se raconte en ouvrant grand les portes de son œuvre… et de son studio. Entre photographie et vidéo, « Immersion » est une invitation à le suivre et à plonger au coeur de son univers.
Un dialogue en images, entre souvenirs et réflexions, sur sa vie de photographe, ses anecdotes, sa manière de voir le monde à travers la lumière. « Cela fait dix ans que Joel et la galerie Polka collaborent. Dix ans de confiance, de discussions et d’amitié, que nous avons souhaité fêter non pas par une simple rétrospective, mais avec une expérience unique : une rencontre vivante avec l’artiste. Dans nos murs, Joel Meyerowitz guide lui-même le spectateur, du début à la fin du parcours. On y découvre ses oeuvres, bien sûr, mais aussi la complicité rare qui lie un photographe à sa galerie » explique Adélie de Ipanema, fondatrice et directrice de la galerie Polka.
Cette « immersion » a été réalisée grâce à la complicité du producteur-réalisateur Florent Lacaze et de la marque Leica, dont Joel Meyerowitz est ambassadeur. Elle est conçue comme un nouveau regard, intime, sur l’oeuvre de Joel Meyerowitz. « La photographie est comme une nourriture, j’en ai besoin tous les jours » dit-il. « Avoir un appareil photo avec soi, c’est comme avoir constamment une invitation pour que des surprises s’y produisent. » La rue est bel et bien le lieu de toutes les surprises. Joel, grand, fin et habillé de noir, continue à 87 ans d’y zigzaguer comme un enfant, semblant danser entre les passants.
MIKAEL SIIRILÄ
DISTANCES
Dans un monde où la vitesse semble dicter jusqu’à la manière de voir, Mikael Siirilä avance à rebours. Lentement. Silencieusement. Avec cette obstination tranquille des artisans qui refusent de céder à la facilité du flux. Pour Mikael Siirilä, la photographie n’est pas un médium, c’est un métier, au sens le plus ancien du terme : un savoir-faire. Avec l’exposition « Distances », la galerie Polka présente pour la première fois son travail. Une oeuvre rare, patiemment façonnée par ses soins dans la pénombre du laboratoire, où chaque image naît d’un dialogue entre la main, la lumière et le papier.
Né en 1978 en Finlande, il grandit à Lauttasaari, île-quartier d’Helsinki surnommée « l’île du bonheur ». C’est peut-être là, dans cette clarté nordique et parcimonieuse, qu’il a appris à regarder. A quelques pas de la mer, au contact de la nature et de ces bois où la lumière se fait rare. Un calme et une tranquillité qui rappellent celui de la chambre noire, allégorie d’un cocon où le temps s’arrête. « Tard dans la nuit, sous la lueur rouge des lampes inactiniques, tout commence à prendre une dimension nostalgique et sentimentale », confie-t-il.
Pour Mikael Siirilä, la photographie n’est pas un médium, c’est un métier, au sens le plus ancien du terme : un savoir-faire. Avec l’exposition « Distances », la galerie Polka présente pour la première fois son travail. Une oeuvre rare, patiemment façonnée par ses soins dans la pénombre du laboratoire, où chaque image naît d’un dialogue entre la main, la lumière et le papier.
Le Finlandais ne photographie qu’à l’argentique. Siirilä y trouve un rythme, une résistance, une latence indispensable à son regard. Ses images sont construites à l’instinct, puis laissées entre les mains du hasard chimique, où le développement inscrit sa trace. L’épreuve argentique elle-même n’est pas tout à fait noire et blanche : elle tend vers des tons plus chauds, crème ou dorés, que Siirilä obtient par virages, en plongeant le tirage dans un dernier bain de thé. Ce geste confère à ses images un rendu délicat, comme si le temps s’était doucement déposé sur des oeuvres petites, parfois minuscules, face auxquelles il convient de s’approcher. Ou qu’il faut examiner tel des objets précieux, dans la paume d’une main.
KOSUKE OKAHARA
SLIGHTLY ELSEWHERE
Il y a des territoires qui portent en silence le poids de l’histoire. Okinawa est de ceux-là. Un petit archipel posé en mer de Chine orientale et couvert de nombreuses bases militaires américaines depuis la défaite du Japon, en 1945. Avec sa série Slightly Elsewhere, Kosuke Okahara documente la survivance et la surreprésentation de ces installations massives, à présent parties intégrantes du paysage. Huit décennies après la fin de la Seconde Guerre mondiale, que reste-t-il de cette mémoire ?
Présentée à la galerie Polka cet hiver, l’exposition de l’artiste japonais né en 1980 à Tokyo explore les réalités sociales et historiques complexes d’Okinawa, 80 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus d’un demi-siècle déjà après la rétrocession d’Okinawa du contrôle américain au Japon.
« Bien qu’elle fasse partie du Japon, Okinawa a longtemps été considérée comme un espace périphérique — un ‘ailleurs’ tant sur le plan politique que psychologique. Cette série interroge cette dissonance entre ce que l’on sait, et ce que l’on perçoit réellement », explique Kosuke Okahara.
Plutôt que de représenter des événements ou des individus, le photographe tourne son objectif vers de singuliers paysages : les bases américaines disséminées sur l’île et les traces qu’elles ont laissées dans l’histoire et la géographie du lieu.
« Pour cette série, j’ai opté pour de très grands formats panoramiques afin de rendre l’aspect à la fois monumental et horizontal de ces installations militaires ancrées dans les paysages plats d’Okinawa ajoute-t-il. Leur présence paraît d’autant plus écrasante, à la fois physiquement et politiquement. En même temps, elles demeurent des entités paradoxales — à la fois excessivement visibles et invisibles, monumentales et pourtant négligées. Le titre ‘Slightly Elsewhere’ renvoie à cette notion de distance. »
Chez l’artiste, cette dissonance perceptive est devenue indissociable du processus de tirage : Kosuke Okahara applique lui-même son émulsion sur des papiers washi fabriqués artisanalement, laissant chaque oeuvre émerger peu à peu. « Je mélange des fibres de kozo – un mûrier – avec de l’eau et j’y ajoute le liquide très visqueux que sécrète une plante tropicale similaire au gombo. J’étale la mixture sur un filet pour qu’elle sèche et devienne papier. Je peux ainsi décider très exactement de la taille des feuilles. La texture et l’épaisseur varient à chaque fois. Chaque tirage est donc unique, d’autant que j’ai multiplié les expérimentations techniques dans la chambre noire, en teintant les épreuves et en utilisant l’encre comme on utiliserait la peinture. »
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